Le Forum aime les totems

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Fordaq JT
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C'est pour la troisième fois consécutive que le Forum International Bois Construction donne lieu à la mise en place d’ouvrages éphémères en bois.. On sort du cadre constructif habituel, mais on avance progressivement vers l’interaction créatrice entre les acteurs d’un même projet.

En 2015, l’arche élevée par les Compagnons du Devoir sur le parvis du Centre Prouvé de Nancy faisait écho, sous une forme simplifiée, à la démarche suivie par l’agence Studiolada pour la création d’un abri dans la forêt de Bertrichamps. A savoir un élégant jeu d’assemblage à partir de planches non aboutés. Un an plus tard, à Lyon puis au Carrefour International du Bois, l’installation Immersion, commandée par France Douglas, s’éloignait encore un peu de la référence constructive pour proposer un parcours sensoriel. Cette année, Claude Valentin de Haha Architecture, architecte et enseignant, spécialiste de la construction bois depuis des décennies, a préféré partir sur une autre idée.

Tasseau, fagot, réseau

 Il y a une triple articulation : les éléments identiques forment deux types de fagots qui sont ensuite assemblés de multiples manières pour créer toutes sortes de formes et aussi pour monter haut. Comme pour rappeler que la matière de base de la construction bois, ce sont toujours des arbres semblables les uns aux autres ; mais que, par étapes raisonnées, en tenant compte de cette contrainte initiale, on peut arriver à faire à peu près ce que l’on veut.  

En quelque sorte, le totem de Claude Valentin établit un lien visuel et actuel entre la première transformation du bois et les visées constructives actuelles portant sur la construction urbaine en hauteur. La réflexion poétique rappelle celle d’un Kengo Kuma à Chamonix, lorsqu’il enveloppe son Mont Blanc Base Camp de grandes planches de plot (semi-avivées) en chêne. Une réalisation qui sera d’ailleurs présentées jeudi 6 avril au Forum dans le cadre de l’atelier parallèle A3 (Bois et façades).

Sur le plan constructif, à première vue, l'approche est sans prétention, et les compagnons ne voient pas non plus d'applications logiques, dans la mesure où le temps de montage serait dédoublé au regard des solutions courantes. Et pourtant : bien sûr, les habitudes constructives ne nous permettent guère de penser le poteau-poutre autrement que cela ne se fait d'habitude. C'est aussi pour de telles raisons liées aux habitudes que la construction bois s'est développées jusqu'au début de ce siècle sans panneaux CLT, alors qu'ils avaient été imaginés par Jean Prouvé. A présent, il est question pour le bois de monter en hauteur, précisément comme l'évoque cette flèche. Imaginons maintenant que les tasseaux soient des poutres BMR, comme autant de fagots préfabriqués en usine, permettant de progresser au rythme deux ou trois étages. Les options techniques retenues pour les immeubles à vivre d'Adivbois sont suffisamment contestables pour qu'une réflexion technique sur la construction bois en hauteur s'arrête un instant sur cette option. N'a-t-on pas là quelque chose comme le CLT du poteau-poutre ? De fait, il apparaît que tout naturellement, les poutres BMA ou BMR, initialement pensées comme matière première calibrées des centres de taille à commande numérique, tendent à prendre leur vie propre. Certes, on peut utiliser une barre de 13 m pour la tronçonner en éléments plus petits. Mais notons qu'il existe maintenant ces barres de 13 m, comme un standard. 13 mètres, c'est long, mais on veut monter haut. De même que l'on pourrait se demander s'il n'existe pas des utilisations de telles poutres en plaine longueur pour des planchers. Quitte à adjoindre, qui sait, du métal en raidisseur. 

Si l’architecte avait travaillé en interaction avec les charpentiers, très en amont, lui aurait-on laissé une marge de créativité suffisante ? Il n’empêche que le prochain totem mériterait de pousser encore plus loin l’interaction en amont entre la conception et la mise en œuvre, en répartissant mieux les contraintes et les coûts au sein de la filière bois. Ce genre de projet devrait être mené de bout en bout comme un démonstrateur pédagogique qui permette de mieux faire comprendre les fonctions spécifiques des différents intervenants, mais aussi leur interaction intelligente à toutes les étapes du projet. 

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