L’AFOCEL vient d’actualiser le panorama de l’exploitation mécanisée des peuplements feuillus. L’enquête réalisée concerne le nombre total de machines, le type de machine utilisée avec leurs limites techniques et l’analyse des coûts en lien avec les méthodes de travail. Nous présentons ici les tous derniers résultats.
Evolution du bûcheronnage mécanisé en feuillu
En stagnation de 2000 à début 2005, la mécanisation des feuillus s’est développée au cours des deux dernières années. De 30 abatteuses équivalent temps plein (ETP) travaillant en feuillu début 2005, nous sommes passés à 43 abatteuses ETP début 2007. Au total, 75 abatteuses opèrent régulièrement en feuillu, dont 27 à temps plein et les autres en alternant feuillu et résineux. Ce développement peut paraître modeste, surtout si l’on compare avec la mécanisation en résineux, mais il représente tout de même une augmentation de 43 % du parc d’abatteuses ETP en feuillu depuis 2005. La raison principale en est la pénurie de main d’oeuvre en exploitation forestière qui s’aggrave fortement dans certaines régions.
Les données recueillies au cours de l’enquête permettent d’estimer à 11 600 m3 en moyenne la production annuelle d’une abatteuse travaillant à temps plein en feuillu. Ce sont donc environ 500 000 m3 de feuillu qui ont été mécanisés en 2006, soit un taux de mécanisation en progression, passant de 2,5 % à plus de 4 % au niveau national (en se basant sur une récolte feuillue de 12 Mm3, identique à celle de 2005). Ce chiffre ne prend pas en compte tous les feuillus mécanisés en mélange dans les peuplements résineux et les essais ponctuels réalisés par les entreprises.
Une coopérative, 29 exploitants et 36 entrepreneurs de travaux forestiers (ETF) sont impliqués dans la mécanisation des feuillus. Rares sont les entreprises à posséder plus d’une abatteuse en feuillu.
Sur les 75 machines recensées, 52 sont situées dans le centre-ouest de la France : Limousin, Aquitaine (essentiellement la Dordogne) et Poitou-Charente. Les 27 abatteuses travaillant à plein temps en feuillu sont basées dans cette zone. Le développement de la mécanisation dans les feuillus s’y explique pour des raisons « historiques » (peuplements fortement touchés par les tempêtes de décembre 1999, industrie du châtaignier développée, prépondérance du régime du taillis avec des coupes rases régulières). Localement, le taux de mécanisation feuillu avoisine donc les 20 %.
Dans les autres régions françaises, les machines ne travaillent qu’à temps partiel en feuillu. Elles évoluent dans des peuplements d’essences variées (chêne, hêtre, charme, bouleau…), aussi bien en éclaircie qu’en coupe rase.
Une petite dizaine d’abatteuses travaillent couramment en peuplier. L’abattage est alors souvent réalisé par des bûcherons car les bois sont jugés nerveux, puis le façonnage est réalisé par les machines.
Porte-outils et têtes d’abattage
41 modèles différents de tête d’abattage ont été recensés. Faute de solution technique idéale pour le feuillu, tous les professionnels rencontrés ont choisi le matériel qui leur semblait le mieux adapté, ou à défaut le moins pire, à partir de l’expérience de collègues et des marques avec lesquelles ils avaient l’habitude de travailler. Les têtes dites « hardwood » proposées par certains constructeurs sont très peu présentes. Cependant, quelques modèles sont un peu plus représentés, jusqu’à une petite dizaine d’exemplaires. Citons par exemple la Konrad Woody 50, la 752HD et la H270 de John Deere/Waratah.
A partir des commentaires formulés par les professionnels, il a été établi un cahier des charges de tête d’abattage pour le feuillu. Les améliorations techniques des têtes d’abattage-façonnage, telles que décrites dans ce cahier des charges, visent :
- avant tout à les fiabiliser lors du travail en feuillu pour réduire les temps de panne et donc augmenter le taux d’utilisation des machines,
- accroître les rendements par heure productive machine.
Sans rentrer dans les détails techniques, les professionnels interrogés dans l’enquête affichent clairement une préférence pour les têtes à 2 rouleaux avec serrage latéral (ou parallèle), à l’instar des exemples de modèles donnés précédemment.
Perspectives d’évolution
Beaucoup de professionnels se sont pour l’instant limités à combler l’absence de bûcherons par des machines en leur demandant le même travail, sans chercher à mettre en place une organisation spécifique. Ainsi, par exemple, 6 à 8 produits sont couramment façonnés sur les coupes de châtaignier. Or, le nombre et la longueur des produits façonnés ont une forte influence sur la productivité et donc le coût ramené au m3 produit. La valorisation aussi poussée des bois peut ne pas payer la perte de productivité.
De fait, pour diminuer le coût ramené à l’unité produite, certains professionnels adaptent leurs choix techniques (pelle TP) et/ou compensent par des heures très importantes de conduite des machines (jusqu’à 2 400 heures horamètre annuel avec un conducteur). Ces exemples sont difficilement reproductibles si l’on souhaite un développement comme en résineux, où environ 70 % des chauffeurs d’abatteuse sont salariés (cas du Limousin).
Le cahier des charges évoqué précédemment permettrait d’obtenir une tête bien modifiée pour le feuillu et donc une diminution des coûts techniques. Pour autant, faute de rupture technologique, il ne faut pas s’attendre à des miracles en terme de rendement avec une telle tête : même si les bois flexueux passent mieux et l’ébranchage est facilité, il serait utopique d’espérer des rendements similaires au résineux (de 50 à 100 % plus élevés à volume unitaire identique), uniquement grâce à ces améliorations techniques. D’autres voies d’amélioration sont à prospecter en parallèle :
- la formation des conducteurs (réglage, entretien…) car l’effet chauffeur en feuillu est encore plus important qu’en résineux (moins de tâches automatisables),
- l’organisation des chantiers (taille des chantiers, repérage préalable, coordination entre opérateurs, augmentation des longueurs et réduction du nombre de produits…),
- l’organisation intra-entreprise (entretiens préventifs, synergie BO/BI/BE…), mais également inter-entreprise (augmentation des longueurs avec billonnage en usine par exemple).
L’enjeu est de taille, compte tenu des problèmes de main d’oeuvre en bûcheronnage. L’AFOCEL en 2004 avait ainsi estimé le taux de mécanisation en feuillu possible, sans rupture technologique, à 32 % de la récolte commercialisée. Ce taux de mécanisation implique un parc spécifique pour le feuillu de 330 abatteuses. Avec 43 abatteuses équivalent temps plein actuellement, on voit le chemin qui reste à parcourir.
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