Forum Bois Construction : bilan

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Fordaq JT
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La 7e édition du Forum International Bois Construction s'est achevée vendredi dernier après trois journées pleines sur l'annonce, par le maire de Nancy, du lancement d'un appel à projets pour équiper la place Thiers d'un ouvrage sculptural en bois, un peu à l'image du totem qui a été érigé sur le parvis du Centre Prouvé pour la durée du Congrès. Par contre, la réalisation à Nancy d'une tour en bois, initialement prévue non loin du Centre Prouvé par Kaufmann et Broad, semble moins assurée.

Selon les organisateurs, la 7e édition du Forum a rassemblé 1400 participants sur trois jours, dont 300 pour le Prologue scientifique à Epinal. Ils dénombrent 120 exposants, près de 200 intervenants conférenciers répartis en trois plénières et 20 ateliers parallèles, deux parcours de visites, trois grands dîners conviviaux, deux inaugurations de totems.

Le Prologue à Epinal, inédit, a été une réussite tant par le dîner insolite la veille dans l'ancienne brasserie de Xertigny que par le dispositif d'accueil sur le Campus Bois de l'Enstib. Deux salles à gradins bien équipées et outillées pour les deux ateliers thématiques, ainsi qu'une salle aménagée pour accueillir le jury d'architecture, débouchaient sur un hall présentant une exposition dédiée à l'Oeuvre des architectes Cartignies et Canonica, Alain Cartignies faisant l'objet d'un hommage le lendemain. Dommage que le programme ne prévoyait pas une visite guidée de cette exposition, et dommage aussi que les étudiants de l'Enstib n'avaient pas l'occasion de suivre les ateliers. L'atelier 1 a été marqué par l'exposé d'André Richter qui dressait un tableau précis de la situation en matière de recherche, de réglementation et de politique relative au développement de l'offre en feuillus pour la construction en France. Quant à l'atelier 2, malgré un véritable tour d'horizon de la recherche en matière de solutions constructives en bois, le scoop venait de la première présentation, en clôture, des résultats d'essai d'une solution de Pavatex pour un système sous enduit répondant à l'IT 249, test grandeur nature à l'appui. C'était en fait le résidu d'un atelier initialement dédié entièrement aux matériaux bio-sourcés complémentaires au bois, mais comme c'est toujours le cas en la matière, quand on commence à parler de bio-sourcer c'est vite le bois qui prend le dessus. Quant au prix d'architecture d'IFB42, portant sur une tour d'observation paroramique, la présentation était soignée. La désignation des lauréats, en clôture du Forum le 7 avril, n'a pas levé les doutes sur la faisabilité effective du projet.

Le totem de la place des Vosges d'Epinal a été inauguré sous le soleil et après un malentendu, les médias locaux attendant une flèche comme à Nancy, tandis que les Compagnons et le concepteur Claude Valentin, de concert avec Barthès Bois, avaient concocté une variante moins verticale, plus en accord selon eux avec les contraintes de levage un samedi 1er avril et la disposition de la place des Vosges. La mairie a accueilli de son mieux des participants trop nombreux. Les deux circuits de visite ont dû sauter des étapes pour rejoindre à temps Nancy. La caserne d'Epinal, par Ossabois, n'a pas pu être visitée. L'école d'Hadol a fait une grosse impression sur la forte délégation allemande qui suivait le parcours feuillus dans un second car. L'atelier ONF, avec ses poutres en LVL de hêtre flanqué de Kerto, n'en reste pas moins de belle facture et un complément impressionnant des Woodies de Xertigny.

La plénière d'ouverture, le matin du 6 avril, a manqué de rythme et débordé, menaçant le timing de toute la journée et perturbant le démarrage des premiers ateliers, après l'inauguration du totem sur le parvis. D'une manière générale, les ateliers étaient souvant très chargés et le meintien du timing s'en trouvait compliqué. Orchestrée par Immoweek, la rencontre entre le monde de l'immobilier et le monde de la construction bois témoigne d'une nouvelle tentative, après l'intervention de Guillaume Poitrinal en 2015 au Forum de Nancy, puis de Paul Jarquin à Lyon en 2016. Malgré un plateau excellentissime, les ateliers parallèles ont fait salle comble et le monde de la construction bois s'est un peu trop appuyé sur Frank Mathis pour faire l'intercesseur. Le chemin menant à une meilleure compréhension est encore long mais AdivBois et Immoweek ne sont pas de trop pour servir d'intermédiaires.

Les interventions des ateliers ont été inégales. Les organisateurs ont voulu ménager de l'espace à l'actualité locale, régionale, nationale et aussi internationale par respect pour les états frontaliers du Grand Est. Alors, tantôt c'est un conférencier intimidé qui lit des slides peu dynamiques au pupitre, tantôt c'est par contre un acteur de classe internationale qui fait défiler avec aisance et entrain une présentation d'un graphisme achevé. Le tout dans un contexte, une nouvelle fois, de course contre le temps laissant trop peu de temps à une interaction avec la salle. Il n'empêche que la durée impartie n'est qu'un aspect du problème. Il serait toujours possible de mettre le doigt sur l'aspect clé d'un projet donné en terme d'utilisation du bois, que le conférencier dispose de 5, 10, 15, 20 ou 30 minutes. Une autre question se pose quant au degré d'adaptation d'une conférence à une problématique désignée par l'intitulé de l'atelier. Un architecte qui dispose de l'opportunité de présenter un projet dans un contexte thématique donné a tendance à faire une présentation générale, ce qui se justifie dans certains cas, mais pas toujours. Les participants y trouvent leur compte la plupart du temps, il y a les actes, les auditoriums, surtout celui de A1, permet des allées et venues, les espaces d'exposition constituaient une alternative séduisante. Surtout, on ne peut pas imposer à la construction bois française un schéma de présentation congrès ad hoc, cela vient petit à petit, au fil des éditions, à condition de maintenir le cap pour avancer pas à pas vers de présentations qui mettront le focus sur l'aspect bois, notamment sous l'angle technique, en utilisant de mieux en mieux les moyens de présentation disponibles. En cela, le Forum est une sorte d'école de rhétorique et fait d'ailleurs émerger chaque année des talents nouveaux.

Il en va un peu de même pour les hommages, qui deviennent une cérémonie de plus en plus réussie, rodée. Ils étaient cette année précédés par l'intervention d'un "special guest", l'architecte Twistleton, qui parlait anglais mais 'a fait oublier même si on était déjà en fin de journée. Que voulez-vous, c'était bien un special guest, tout comme Jacques Ferrier, le lendemain, a un peu rempli le rôle de l'architecte star, comme Shigeru Ban à Nancy il y a deux ans, par exemple. Côté hommages, il faut quand même relever que l'entrepreneur Paul-Henri Mathis a écrasé une larme de joie face à ce que selon lui la filière est parvenue à accomplir, et à la façon dont elle se présente aujourd'hui, au regard du mépris dont elle faisait l'objet au début de sa carrière, dans des années soixante. Il n'empêche que l'hommage à l'architecte Alain Cartignies, nouveau morceau de bravoure de Pascal Triboulot, le directeur de l'Enstib, a bien fait comprendre à quel point la construction bois gagnerait à prendre davantage appui sur sa propre histoire récente. C'est bien de faire tous les ans un Forum pour tracer l'actualité et une évolution technique somme toute assez rapide, mais ce serait encore mieux si ce petit monde disposait de marqueurs pour comprendre sa propre évolution dans la durée.

Ces marqueurs, ont les attendait pour ce qui concerne le logement social en bois, mais ce n'est pas si simple à baliser. Le logement social et le bois, ce n'est pas seulement une affaire de budget, mais aussi d'une démarche historique qui s'inscrit dans l'histoire technique du logement social, souvent en réponse à une approche moderne et bétonnée, parfois en complément. Dominique Gauzin-Muller avait réuni pour l'occasion un beau plateau, avec une mention particulière pour le retour d'expérience de Bernard Blanc d'Aquitanis, qui a par exemple expliqué que la tour en bois conçue par Pascal Gontier pour Pessac était "à vendre sur Le bon coin", et que le projet Aquitanis de tour en bois à Bordeaux était vraiment une tour en bois.

Il semble bien que les ateliers du vendredi ont bien mobilisé. La formule visant à resserer l'après-midi en débouchant sur des remises de prix et une clôture à 16 heures pile a fonctionné. Bref, le Forum est une école pour les organisateurs, les conférenciers, et aussi pour les exposants qui se doivent d'opérer autrement que dans un salon. La filière entière apprend à se présenter vers l'extérieur, le Centre Prouvé lui donne, avec le totem et l'espace d'exposition magnifique de l'ENSA Nancy, une belle allure, même si il reste toujours des petits réglages à faire. Et comme on vient de loin, il faut devenir parfait pour pouvoir oser solliciter l'attention du monde tout autour, même si le bois s'inscrit comme un aspect clef de la ville durable de demain. 

Pas d'infos pour l'instant sur le lieu et la date du prochain Forum, ce sont des choses qui se décident normalement suite à une réunion du comité d'organisation en juin. Mais ce qui semble acté, c'est que l'édition 2018 n'aura pas lieu à Epinal et Nancy, ce qui devrait par contre en principe être à nouveau le cas en 2019.

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