Eurobois côté résineux

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Fordaq JT
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A l’occasion du salon Eurobois, la commission résineux de la FNB s’est réunie dans la matinée du 9 février pour sa réunion statutaire interne. Frenchtimber a fourni un tour d’horizon mondial des marchés et de la situation des approvisionnements. Selon Philippe Siat, président de la FNB et scieur de résineux, les étoiles sont bien alignées : « On constate un peu partout une demande forte supérieure à l’offre, que ce soit aux USA, en Chine ou en Europe. Le marché français est en train de se mettre au diapason, ce qui représente un changement notable car l’an dernier, à la même époque, on n’en était pas là ».

Les prix de vente des sciages de résineux vont-ils remonter ?  Par principe, une commission statutaire de la FNB ne discute pas des prix. Mais la question est latente. Le moment est peut-être favorable car les Scandinaves détournent leurs flux de sciage vers la Chine, tandis que les Allemands sont suffisamment occupés par leur marché intérieur et celui de la Suisse. En aval, cependant, la situation semble cependant un peu plus mitigée.

Selon Cosylva, qui fournit un grand nombre de charpentiers, on peut estimer en gros que 60% disposent maintenant d’un carnet de commandes rempli à 8 mois. Cela faisait longtemps qu’on n’en était plus là. Les carnets de commande de cet ordre permettent aux constructeurs bois de retrouver de la visibilité et ainsi d’ajuster leurs prix et clairement de les remonter, car il y a de quoi : les prix pratiqués naguère pour éviter le chômage technique sont volontiers réutilisés par les donneurs d’ordre comme nouveau standard.

Cela dit, si la majorité des constructeurs semblent avoir étoffé leur carnet de commandes, une partie assez importante crie encore famine, ce qui freine la remontée des prix. Mais enfin, le moral est bon après une année 2017 globalement très dynamique à partir de mai-juin 2017, un dynamisme qui se poursuit sur ce début d’année. De quoi donner aux constructeurs des envies d’investir. Investir comment ?

En quelque sorte, le salon Eurobois, éclectique, a su agir comme apéritif. On ne peut pas dire que du côté de l’équipement crucial, et notamment de la machine de taille à commande numérique, une révolution s’est produite au point que le focus des investissements se fera là. Si l’on veut, la révolution est exemplifiée par Technowood qui prône un usinage non plus par profils mais par éléments, dans le cadre d’une ligne portail multiproduits qui s’adapte à la fois à l’ossature et au CLT et qui s’ouvre enfin et pour la première fois à une véritable approche dédiée à la construction modulaire. Mais le Suisse Technowood est encore peu connu et peu présent en France. Et il va falloir encore un peu de temps pour changer de paradigme. Selon Urs Steinmann, le fondateur, concepteur et patron de Technowood, l’approche d’usinage par éléments et non par profils est d’autant plus intéressante que se développe le multi-étage, qui requiert une précision sans faille.

L’idée même d’une adaptation de la production des constructeurs bois à ce marché émergent est nouvelle. Dans la foulée, si les marchés du futur seront de type R+4 et parfois même plus, d’autres types d’investissement vont devenir nécessaire dans le domaine de la logistique et de l’informatique. Les investissements des constructeurs risquent pour leur part d’être freinés par les fortes hausses qui les menacent plus ou moins concrètement du côté des fournitures. Le panneau OSB, après une période de rallongement des délais de livraison à 2 mois à cause de la crise du MDI, a pris 20% plus ou moins d’un coup et c’est le genre de fournitures incontournables. Le marché du CLT est de même affecté par des délais de livraison et les limitations d’accès au marché, de fait, non seulement par l’avis technique, mais, selon certains acteurs du marché international comme Eugen Decker, par d’autres type de certificats encore. De sorte que si Schneider revient sur le marché français avec entre autres une offre potentielle de panneaux CLT, l’impact sera mesuré.

Et si la construction bois est orientée à la hausse, comment la faire sortir de sa niche ? Justement, il y a de quoi faire une croix sur les velléités de massification. La construction bois, ce n’est pas la technologie alternative de rupture, c’est le mouton à cinq pattes, le choix malin quand il n’y en a plus vraiment d’autres, le matériau qui se marie bien à d’autres, l’atout dans la manche d’un architecte, avec des performances environnementales en plus et une banalisation progressive. Etre plus cher n’est pas forcément un obstacle, surtout si le marché sait de combien. Et s’il apprécie la valeur de l’apport.

M. Mazière, le patron des Compagnons à Echirolles, a organisé une nouvelle fois la sélection nationale des jeunes charpentiers français, en lice pour le championnat d’Europe des jeunes charpentiers qui se déroulera au début de l’automne au Luxembourg. Le métier est-il compatible génération Y, Z ? C’est un grand oui ! Les jeunes veulent avoir du plaisir dans le travail, et chez les compagnons, ce qui les attire avant tout, c’est le choix du travail avec la matière, certainement pas la commande de machines. Il ne faut pas croire que la génération Y est une génération joystick. Certes, cet intérêt pour la matière ne concerne qu’une partie de la jeunesse, mais il suffit pour que le recrutement des Compagnons ne soit pas mis en défaut.

Eh bien, cet aspect matière devrait tirer le marché de la construction bois durant les années qui viennent, plus que la structure performante. Le recours au bois va être associé au plaisir, plaisir de conception, plaisir de l’utilisation, plaisir du toucher. En ce sens, l’approche Vivre bois d’AdivBois semble dans le vrai et pourrait même prendre le pas sur l’approche multi-étages. En d’autres termes, cela ne dérange pas outre mesure si les tours à venir seront vraiment en bois sur le plan de la structure et de la technique. Ce qu’on attend, c’est qu’elles soient différentes, habitables, humaines. L’intégration du bois perçu est tout aussi importante que l’intégration structurelle. Si c’est le cas, l’ossature bois doit se réinventer, le poteau-poutre va rentrer en grâce, le CLT apparent a de beaux jours devant lui.

Légendes :

1.Eurobois à cette date est seul sur le parc des expositions immense d'Eurexpo. Les exposants occupent essentiellement le hall 6, pas complètement, mais s'ajoute une partie du hall 5.

 

2. Les membres de la commission résineux de la FNB.

3. Résineux pour la sélection nationale du championnat d'Europe des jeunes charpentiers, en bas. Résineux pour le concours Evolution, évolution en effet du Forum de Nancy ou ces deux projets de tours panoramiques avaient été primées, et ont été réalisées à présent en maquette 1/2 par les Compagnons à partir d'usinage sur place avec Biesse Uniteam. 

4. Machine de taille Uniteam aux couleurs de Biesse. L'intégration semble se faire sur les chapeaux de roue.

5. La chaîne de production au réel expérimentée à la dernière édition a été copieusement élargie à partir du même noyau. Il ne manque plus que l'assemblage des modules et ce serait un outil pédagogique complet.

6. Schneider propose ses planchers en bois massifs face vue avec des teintes silicates de Keim, des produits finis et jolis, à manier sur le chantier avec précautions. 

7. Knapp a réussi à faire entrer dans la tête des professionnels français que Knapp, c'est l'assemblage invisible. Il va falloir recommencer car Knapp, désormais, c'est aussi le concept de guide de perçage oblique invisible, très utile notamment pour fixer les panneaux CLT en angle d'une façon light et esthétique ! 9a s'appelle la rondelle de renfort  T-joint

 

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